Avis au amateur

Bien le bonjour amis cinéphages, cinévores, cinémaniacs et amateurs de bobines pelliculaires.

Je vous offre la possibilité de m’aider à choisir le thème du prochain cycle des Histoires du Cinéma. Ce peut être tout et n’importe quoi du moment que c’est du cinéma. Un courant, une époque, un genre, un réalisateurs…

Je me ferais un plaisir de rechercher toutes les informations, décortiquer le sujet, analyser le thème et vous faire passer un bon moment. Certaines personnes m’ont déjà demandé de faire le prochain cycle en version vidéo. Ces petits coquins savent me tenter.

C’est une idée que je creuse de mon côté, je vous laisse le soin de me proposer un sujet dont vous avez toujours tout voulu savoir sans oser le demander.

A très vite

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Cycle sur le slasher (4/4)

Episode 4 : Renaissance

Tout (re)commence avec Kevin Williamson, jeune scénariste, alors au chômage. Il se rappelle ses bonnes années d’adolescence à regarder des slashers avec ses potes. Il en fait un scénario hommage où sont cités la plupart des grandes œuvres du genre : ce sera le point de départ de Scream de Wes Craven (1996). Il va écrire un scénario naviguant entre références et clins d’œil aux films qui ont marqués le genre :

- Le principe du harcèlement téléphonique est repris des films Black Christmas et Terreur sur la ligne.

- Drew Barrimore, le seule actrice connue du film, est tuée pour s’être trompée à un quizz sur les slashers. Sa participation au film relancera d’ailleurs sa carrière un peu en berne dans les années 90 avec le passage à l’âge adulte.

- A la fin de la séquence d’ouverture, le père de Casey Becker (Drew Barrimore) dira à sa femme d’aller chez les Mackenzie, réplique directement emprunté d’Halloween, où Laurie le disait aux enfants qu’elle gardait lors de la scène finale. Par ailleurs, détail amusant dans Halloween : 20 ans plus tard sorti en 1998, Laurie enverra son fils chez les Becker.

- Le film Halloween est d’ailleurs visionné par les étudiants lors de la fête.

La mise en scène nerveuse, les cadrages audacieux, un meurtre particulièrement atroce et sanglant ainsi qu’une musique oppressante font de la scène d’ouverture de Scream une des meilleures jamais vue. Le slasher est bel et bien de retour et frappe fort. Parfois parodique, citant les clichés du genre pour mieux les contourner, le film est assez malin et sanglant pour rester aussi un véritable slasher dont le final est d’une brutalité et d’une méchanceté rare. Les tueurs n’ont pas de mobile. Ils ne sont guidés que par l’envie de tuer inspirée par la violence des films d’horreurs. Le film dénonçant ici l’évolution du slasher qui a trop se concentrer sur les morts spectaculaires et trashs oublie d’avoir un scénario.

Scream fera scandale et deviendra un film culte au succès phénoménal. La barre des 100 Millions de dollars était pour la première fois atteinte par un film d’horreur. Ce qui va faire renaître le genre pour le meilleur mais aussi pour le pire. Ahhh, l’appât du gain ! Scream devient immédiatement une nouvelle franchise et Williamson, son scénariste, le nouveau chouchou des producteurs hollywoodiens. La même année Souviens toi l’été dernier sera tiré d’un de ses scénarii, un slasher à l’ancienne avec un Boogeyman pêcheur qui malgré tout fonctionne plutôt bien, mais souffrira de la comparaison avec Scream.

Scream 2  en 1998 fait revenir toute la bande, et réussit le pari de na pas détériorer l’original tout en gardant le même esprit. Le scénario changea maintes fois durant le tournage pour éviter les fuites, il en résulte un film différent de ce qu’il aurait du être. Dans la foulée, sort Souviens toi l’été dernier 2 qui réussit le pari d’être aussi mauvais qu’inutile malgré la présence du casting de l’original mais sans Williamson au scénario. Il ne participera pas non plus au dernier opus de la trilogie Scream, ce qui donnera à la trilogie un goût d’inachevé avec un Scream 3 bien en deçà des deux autres, malgré une mise en abîme du film encore plus poussée mais restant bien en dessous de la réflexion engagée sur Freddy sort de la nuit du même Craven.

De son côté, Williamson s’attèle à la dure tache de faire renaître la série Halloween avec Halloween : 20 ans plus tard de Steve Miner (1998). C’est le grand retour de Laurie Strode, incarnée par Jamie Lee Curtis, qui avait disparue de la série depuis le deuxième épisode, face à Michael Myers toujours aussi impavide. Le film est la suite du deuxième épisode prenant place 20 ans après les événements de celui-ci oubliant les épisodes 4, 5 et 6. Le film multiplie les clins d’œil, que ce soit à l’œuvre de Williamson, avec des références à Scream, mais aussi à celle de Carpenter, ainsi qu’à Vendredi 13. Le docteur Loomis ne sera malheureusement pas de la partie, Donald Pleasance étant mort en 1995, le film lui sera d’ailleurs dédié. Le film renoue avec le succès de la série offrant un épisode solide avec un personnage central très développé, ce qui est une exception dans les slashers qui font la part belle aux meurtres sans se soucier de la psychologie de leurs personnages. Ici, les personnages sont fouillés et les meurtres restent parmi les meilleurs de la série.

Dans la fin des années 90, les slashers se multiplient. La majorité sont vraiment mauvais et le genre semble déjà être condamné seulement 2 ans après la renaissance. Quelques exceptions viennent relever le niveau sans pour autant nous offrir des chef-d’œuvres. En 1998, Urban Legend de Jamie Banks nous offre quelques très belles scènes. A noter la séquence d’ouverture magistrale qui laisse présager du meilleur. Malheureusement, le film qui voit un tueur assassiner des étudiants selon les légendes urbaines a du mal à faire oublier que le film est un prétexte à une succession de meurtres sanglants. Le film réussit tout de même à réunir un casting prestigieux : Alicia Witt, Jared Leto, Rebecca Gayheart, Robert Englund, Tara Reid, Joshua Jackson, Natashe Gregson Wagner, Danielle Harris, Michael Rosenbaum. Ce qui est plutôt rare dans un slasher.

Début des années 2000, c’est le retour des anciennes séries. En 2001, le premier est Jason qui revient dans un Jason X se déroulant dans l’espace, le film est aussi mauvais que ce qu’il laisse présager, c’est vous dire. Michael Myers fait un come-back dans Halloween Résurrection en 2002, qui aurait pu se titrer « extinction » tellement Myers n’y est absolument pas à son avantage. En 2003, Freddy Kruger affronte Jason dans le fameux et très attendu, par une communauté de fan, Freddy contre Jason. Le film de Ronny Yu remportera un franc succès auprès de fans et grâce en partie à la grande communauté Internet du projet qui a longtemps militée pour que le film voit le jour. La seule vraie réussite du film est d’avoir redonner à Freddy son côté terrifiant loin des clowneries des derniers opus. Le film reste quand même assez vide et oubliable. S’ensuit un défilé de slasher dans la continuité de la fin des années 90 et des suites sans intérêt comme Urban Légend 2 et 3, Souviens toi l’été dernier 3, Riper 1 et 2. On pourrait aussi citer le catastrophique remake Mortelle Saint Valentin de Jamie Blanks qui n’a retenu l’attention que par la présence de David Boreanaz fraîchement sorti de la série Buffy. Tous ces films vont sortir directement en DVD, le slasher retombe dans les abîmes de la production cinématographique. On trouve tout de même quelques exceptions notables comme le film australien Wolf Creek de Greg McLean en 2005 ou encore Venom de Jim Gillespie avec une histoire de possession démoniaque la même année.

Parallèlement, on observe une vague de remakes initiée par Marcus Nispel avec le remake de Massacre à la tronçonneuse en 2003. Le suivant sera La maison de cire de Jaume Collet-Serra en 2004 avec Paris Hilton, pas besoin d’en dire plus. En 2006, c’est Black Christmas de Glen Morgan et Terreur sur la ligne de Simon West qui auront le droit à leur remake, ainsi qu’un Massacre à la Tronçonneuse : le commencement. Dans l’ensemble, les films sont très gore mais plutôt réussis.

Les choses vont s’accélérer en 2007, voyant la rentabilité des premiers remakes, avec Halloween de Rob Zombie. Le film est un vrai succès tant critique que commercial. Il faut dire que ce remake est particulièrement bien pensé, reprenant toute la mythologie de la série, on apprend tout sur la jeunesse de Michael Myers. Une grande réussite qui va faire ressortir du placard tout le bestiaire du slasher, à commencer par Jason dans Vendredi 13 de Marcus Nispel, véritable abonné aux remakes ce qui pose le problème de la ressemblance de ses films, seul le tueur change ou presque. Il fera également un remake de Frankenstein en 2004 et de Conan en 2011.

Ensuite, viendra Freddy dans Nightmare on Elm Street de Samuel Bayer mais aussi Prom Night de Nelson McCormick, La dernière maison sur la gauche de Denis Iliadis, My bloody Valentine de Patrick Lussier, etc. La qualité des films n’est pas toujours au rendez-vous contrairement aux spectateurs, chaque film rapportant au moins deux fois ce qu’il a coûté. Les producteurs se frottent les mains et commencent à produire des suites à ces remakes. On voit ainsi débarquer un Halloween 2 en 2010, toujours avec Rob Zombie aux manettes mais le film est creux et mise tout sur la violence oubliant d’avoir un vrai scénario. Mais le slasher n’est pas mort ; le duo Kevin Williamson et Wes Craven, dont les carrières étaient un peu en berne, s’est constitué de nouveau pour un Scream 4 en 2011. Le film est tour à tour flippant, drôle et intelligent. Les clins d’œil et références en tout genre sont de la partie. L’ouverture est un grand moment de bravoure où le film se moque avec brio des séries de films de slashers. Williamson et Craven ont réussi le pari de l’autocritique, de la parodie et du remake dans le même film. Chapeau bas. En espérant que les futurs slashers soient aussi bons et divertissants.

Cet épisode marque la fin du Cycle consacré au slasher. En espérant que vous ayez appris des choses en vous divertissant. Je vous dit à très bientôt pour un nouveau cycle.

Merci à Nico pour les relectures.

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Cycle sur le slasher (3/4)

Episode 3 : le salsher, suites et mort

Le succès d’Halloween va provoquer chez les producteurs et les auteurs une envie de slasher. Les années 80 vont sentir bon le sang frais, les tueurs psychopathes, les adolescents décérébrés mais aussi et trop souvent le navet.

C’est une déferlante de slashers qui envahit les écrans comme Tool Box Murders en 1978 ou encore Terreur sur la ligne en 1979 qui inspirera le Scream de Wes Craven. Mais c’est avec Vendredi 13 de Sean S. Cunnigham en 1980 que commence une des plus longues séries de slashers et aussi l’une des plus connues. Les créateurs de la série se sont inspirés d’Halloween et de La Baie sanglante de Mario Bava.

L’histoire: en 1957, un jeune garçon, Jason Voorhees, meurt noyé alors qu’il passe l’été dans un camp de vacances. Le camp de Crystal Lake est fermé. Mais en 1980, le camp réouvre le vendredi 13, jour-anniversaire de la mort de Jason, 23 ans plus tôt. Les moniteurs adolescents commencent alors à disparaître les uns après les autres pendant la nuit. Le film tourné avec un petit budget, des acteurs débutants, parmi lesquels Kevin Bacon, des hectolitres d’hémoglobine issus de meurtres inventifs font de Vendredi 13 un succès au box office. Dans ce premier film, on découvre à la fin que ce n’est pas Jason revenu d’entre les morts mais sa mère qui le venge. Cependant, le personnage de Jason qui réapparaît à la fin du film, sur une idée de Tom Savini, le génial créateur d’effets spéciaux, sera exploité dans la suite de la saga pour devenir l’égal de Michael Myers. Fait plutôt amusant dans la version française du film Jason s’appel Jackie, là ou Michael Myers était lui appelé Michel. Quand on vous dit que la VO c’est mieux…

Un nombre inimaginable de slashers vont alors pulluler durant une décennie, quasiment tous navrants et ne cherchant qu’à surfer sur la vague initiée par Carpenter. Nombre de ces films sont assez vite tombés dans l’oubli, quelques autres par contre restent cultes encore aujourd’hui et ceux malgré le poids des âges. Pour deux d’entre eux, cela vient du fait que Jamie Lee Curtis fasse partie du casting, il s’agit du Bal de l’horreur (Prom Night) de Paul Lynch en 1980 et de Le monstre du train (Terror train) de Roger Spottiswoode la même année. Dans le premier, on retrouve un tueur au bal des finissants et dans le deuxième, un psychopathe qui décime des étudiants faisant la fête dans un train, récupérant les costumes des étudiants pour mieux les tromper. Prom Night, quant à lui, connaîtra trois suites sorties directement en vidéo à la fin des années 80.

Nous allons laisser de côté une grande partie de la production, présentant peu d’intérêt pour nous concentrer essentiellement sur trois grandes figures que sont Jason Voorhees, Michael Myers et Freddy Kruger.

En 1981, sort Halloween 2 de Rick Rosenthal, la suite tant attendue où Jamie Lee Curtis reprend son rôle de Laurie Strode poursuivie par Michael Myers. Le film est la suite direct du premier, Laurie Strode est transportée dans un hôpital où Michael vient la chercher. Le film loin d’égaler son aîné est quand même une belle surprise au vu de la production de l’époque et vient compléter avec respect l’œuvre de Carpenter.

La même année sort le deuxième opus de Vendredi 13 et marque les premiers pas du tueur au masque de hockey, la série abandonnant le personnage de la mère de Jason. La saga va alors connaître un nouveau chapitre chaque année. En 1982, sort Vendredi 13 chapitre 3, la qualité va s’en ressentir et chaque épisode sera plus mauvais que son précédent.

Halloween 3 sort en 1983, sous-titré « Season of the witch », le film s’écarte de la mythologie originale et du personnage de Michael Myers. L’histoire reposant sur une malédiction contenue dans des masques qui poussent de simples citoyens à tuer. La disparition de la figure emblématique provoquera l’échec retentissant du film et un coup d’arrêt de la série.

Trois autres films sont à retenir dans la période, The Burning de Tony Maylam en 1981 raconte l’histoire d’un tueur brûlé qui se venge en assassinant des jeunes avec une grosse paire de ciseaux. Considéré encore aujourd’hui comme un maître étalon du genre, il inspirera Craven pour le personnage de Freddy.

My bloody Valentine de George Mihalka sorti en 1981 utilise comme prétexte la Saint Valentin. Au fur et à mesure des années, toutes les fêtes adolescentes auront le droit à leur bain de sang.

Le plus novateur est sans doute Sleepaway Camp de Robert Hiltzik sorti en 1983, où à la manière d’un épisode de Colombo, des jeunes sont assassinés par un tueur dont le spectateur connaît l’identité dès les premières minutes.

En 1984, alors que la série des Vendredi 13 en est à son cinquième épisode, sort Les griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street) de Wes Craven qui voit la première apparition de Freddy Kruger.

L’histoire : victime de cauchemars incessants et plus vrais que nature dans lesquels elle est poursuivie par un homme à la face brûlée et aux griffes acérées, la jeune Nancy Thompson décide de se confier à ses amis. Loin de la rassurer, ceux-ci avouent que leurs nuits sont également tourmentées par ce mystérieux et inquiétant croque-mitaine. Freddy va devenir dans les années 80 le personnage de tueur le plus emblématique. Le film connaîtra 5 suites de différents réalisateurs avant que Wes Craven ne clôture la saga en réalisant un septième épisode Freddy sort de la nuit en 1995, réalisant ainsi les deux meilleurs épisodes de la série. Freddy sort de la nuit est une auto-mise en abîme, on y découvre : Wes Craven (jouant son propre rôle), en préparation d’un nouveau Freddy qui a pour titre « Wes Craven’s New Nightmare » (titre original du film sorti en salle), demande à Heather Langenkamp (la Nancy dans les films 1 & 3), John Saxon (Le père de Nancy dans les films 1 & 3) et Robert Englund (Freddy Krueger) de reprendre leur rôle. Ça va? Vous suivez? Pour résumer le film que l’on voit sur l’écran raconter la préparation du tournage du film lui même. Heather ne veut pas participer au film car elle reçoit des coups de téléphone dérangeant de la part de ce qu’elle pense être un fan perturbé (ce qui est vraiment arrivé à l’actrice, Craven intègre au film des éléments du réel des acteurs pour accentuer la mise en abîme). Mais Heather comprend alors que Freddy est sorti du film et qu’elle est la seule a pouvoir l’arrêter, car personne ne l’a croit. Il faut dire que ce qu’elle raconte est en fait tiré du scénario que Wes Craven (dans le film) est en train d’écrire. Le scénario du film, visible dans plusieurs scènes, est écrit par Craven (le personnage) au fur et à mesure que ledit film avance.

Cette série est loin des slashers traditionnels et penche plutôt du côté du fantastique (comme Chucky, Hellriser, Candyman et autre Jeeper Creepers).

La fin des années 80 et le début des années 90 voit s’éteindre dans la douleur les franchises Halloween, avec un quatrième opus en 1988 intitulé Le retour de Michael Myers qui fait revenir à la vie le tueur, avec un Donald Pleasance vieillissant et très fatigué.  Deux épisodes plus tard, en 1995, la franchise touche au sublime de la nullité en faisant de Michael Myers un tueur sous le contrôle d’une secte. La saga Vendredi 13 ne s’en sort pas mieux, loin de là, avec un chapitre 5 en 1985 considéré comme le meilleur de la série va voir encore quatre suites de qualité décroissante avant de s’éteindre provisoirement en 1992.

La saga Massacre à la Tronçonneuse, dont on a moins parlé compte tenu de l’intérêt quasi nul des suites, se conclut avec un quatrième épisode en 1994 dans l’indifférence générale. C’est la fin d’un genre, d’une époque.

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Cycle sur le slasher (2/4)

Episode 2 : le mythe fondateur

C’est dans les années 80 que le genre va se codifier autour d’un film fondateur Halloween de John Carpenter (1978).

John Carpenter n’est pas le grand maitre de l’épouvante, que l’on connait aujourd’hui, lorsqu’il s’attèle à la réalisation de ce film, devenu culte. Il est presque inconnu, il n’a réalisé que deux films, le deuxième Assaut (1976) eut du mal à trouver son public aux Etats-Unis. Cependant, Carpenter arrive à réunir un casting brillant malgré un budget dérisoire, environ 325 000 dollars. Il engage le vétéran Donald Pleasance dans le rôle du Docteur Loomis, reprenant ici le nom d’un des personnages de Psychose en forme de clin d’œil. Carpenter revendiquera l’influence du film d’Hitchcock, qui lui aurait donné envie de réaliser Halloween. Pour le reste du casting, on retrouve la jeune actrice Jamie Lee Curtis (la fille de Janet Leigh, la Marion Crane de Psychose, et de Michael Curtis) dont c’est le premier grand rôle au cinéma qui donnera une prestation grandiose en adolescente poursuivie par un tueur implacable et masqué : Michael Myers. Ce dernier  deviendra une figure emblématique de slasher. Le film de Carpenter ne contient que peu d’images violentes et bien moins encore d’images « gores ». Dans le film, il n’y a aucune présence de sang. C’est une direction qui ne sera que peu exploitée dans le slasher, les autres licences préférant utiliser l’hémoglobine par décalitre.

Le film fut tourné en 21 jours au printemps 1978, l’équipe du film a eu beaucoup de mal à trouver des citrouilles et des feuilles mortes pour le décors du film sensé se dérouler pendant la fameuse nuit d’Halloween. Enfin « fameuse nuit », aux Etats-Unis surtout, puisqu’à l’époque cette fête carnavalesque n’a pas encore traversé l’atlantique, obligeant le distributeur français à placer au début du film une voix off explicative. Ce qui, aujourd’hui, est plutôt marrant et aurait tendance à complètement ruiner la mise en place du climat inquiétant de la scène d’ouverture.

Halloween est le film qui va instaurer tous les archétypes du genre :

- un tueur increvable qui revient toujours une deuxième fois et plus si affinité ;

- un ustensile bien tranchant afin de découper des adolescents laissés sans surveillance parentale, s’adonnant à la boisson, à la drogue et au sexe ;

- une héroïne charismatique ;

- etc.

Mais ce qui frappe le plus et qui sera reproché au réalisateur c’est la morale religieuse presque écrasante qui pèse sur tout le film.L’héroïne virginale de l’histoire ne fume pas, ne boit pas, ne baise pas et surtout reste en vie, coïncidence ? Les autres personnages ont l’air d’être puni pour leurs péchés. Carpenter se garde bien de confirmer ou d’infirmer ce jugement religieux qui pèse sur son œuvre, la polémique alimentant les entrées en salle, toute pub est bonne à prendre quand on a pas de moyens.

Tous ces éléments font du film à l’époque une œuvre novatrice, en avance sur son temps. Aujourd’hui, en le revoyant, on a l’impression de voir un film qui enchaîne les clichés ; tous les réalisateurs postérieurs de slasher vont utiliser les codes mis en place par Carpenter. L’exemple le plus frappant est sans doute la fin du film où le cadavre du tueur disparaît et laisse planer le doute quant à son immortalité. Aujourd’hui on ajouterait : et laisse présager d’une suite. Mais à l’époque, ce n’était pas aussi courant de faire des suites et la raison de la disparition du cadavre à la fin du film de Carpenter sert à entretenir l’impression d’irréalité du tueur. Est-ce un homme ou le croque mitaine? Ce n’est pas un rebondissement creux ou une astuce simpliste de scénariste maladroit. Tout au long du film, Carpenter développe l’idée que le tueur est un être du mal, un fantôme peut-être. Le fait que le corps disparaisse est parfaitement logique et plutôt malin. Michael Myers n’est pas un être humain mais un être maléfique que l’on ne peut tuer ou attraper.

Nous ne pouvons parler d’Halloween sans parler du plan séquence (c’est-à-dire en une seule fois) en vue subjective qui ouvre le film. C’est à la fois un tour de force technique pour l’époque, compte tenu du budget très mince, filmer la scène d’ouverture en plan séquence est très risqué puisque très longue à mettre en place et représentant un défi technique et surtout un procédé narratif extrêmement intelligent qui va conditionner le public pour le reste du film. Vidéo.

Le premier plan étant une vue subjective (le spectateur voyant au travers des yeux du tueur), Carpenter va pouvoir jouer sur les différents points de vue afin de perdre le spectateur qui n’aura de cesse que de se raccrocher à ce premier plan. Or, de tout le film il n’y aura plus d’utilisation de caméra subjective ce qui provoquera la surprise du spectateur quand Michael Myers apparaît au fond d’un plan alors que nous pensions voir la scène au travers de ses yeux. Et c’est là l’autre originalité du film de Carpenter, c’est que le tueur n’apparaît pas du hors-champ mais au fond du champ.

Je m’explique. Dans les films d’horreur aujourd’hui, le tueur apparaît à l’écran par la gauche ou la droite prenant le personnage de la victime et le spectateur par surprise. Dans le film de Carpenter, le tueur est bien souvent déjà présent dans le champ, au fond, tapi dans le noir ou en arrière plan bien visible pour le spectateur, provoquant non plus la surprise mais la peur et l’angoisse. Le tueur pouvant être n’importe où.

Un autre raison du succès du film est sa musique, composé par John Carpenter himself. Les mélodies sont minimalistes, c’est la signature musicale de Carpenter. La musique est répétitive et entêtant mais surtout indissociable du climat de suspense du film. Le thème d’Halloween est d’ailleurs aujourd’hui un des thèmes musicaux de cinéma les plus connus.

Le film sorti en octobre 1978 démarre mollement avant de s’installer durablement sur les écrans américains. Les qualités du film, que ce soient l’originalité de son scénario, la précision de la mise en scène ou la musique de Carpenter, propulsent le film dans le panthéon des films d’horreur, totalisant 70 millions de dollars de recettes dans le monde. Ce qui lui vaudra d’être le film indépendant le plus rentable de l’histoire du cinéma jusqu’à ce que le Projet Blair Witch de Daniel Myrick (1999) le détrône. La réussite du film provoquera l’engouement des réalisateurs mais surtout des producteurs pour le slasher, ce qui donnera surtout de mauvais films, de piètres suites et quelques rares chef-d’œuvre.

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